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La survie : ni un sport, ni un loisir.

La survie, en tant que discipline, a pour objectif former les gens à devenir autonomes dans la gestion des risques, en milieu isolé ou dégradé.

Pour ce faire, une solide analyse est indispensable : comment, dans ce genre de milieu, les gens se blessent ou meurent ? Quelle est la mécanique des incidents et accidents ? Comment les facteurs humains, environnementaux et matériels interagissent-ils ? Quels sont les points critiques sur lesquels il est possible d’agir ? Comment pouvons-nous, dans des conditions de sécurité suffisantes, enseigner les mesures à prendre pour gérer les risques en question ?

Pour arriver à répondre à toutes ces questions, il est indispensable de se pencher sur des cas vécus, tous biotopes et tous milieux confondus. Ecumer les faits divers. Analyser les statistiques officielles. Lire des récits. Interviewer les survivants. Eplucher les rapports. Relire les récits historiques. Comprendre les interactions entre le stress, les limites physiologiques d’adaptation aux changements, le matériel, les conditions, l’environnement, les techniques, les connaissances, la posture… Intégrer les notions scientifiques, pédagogiques, méthodologiques utiles. Voir ce qui a déjà fonctionné. Détecter les points communs. Et créer, sur cette base, des cursus de formation efficients et sûrs. Tout en tenant compte du fait qu’elles sont lieu en milieu naturel, et en toutes saisons.

Tout cela ne s’improvise pas. Et les enjeux sont bien réels.

Si certains se présentent à ce genre de formation dans un but récréatif ou ludique, ça n’est pas le cas de tous. Et certains, croyant avoir été correctement outillés pour être autonomes, peuvent ensuite se mettre en danger, forts d’un faux sentiment de sécurité.

Certaines formations « survie » comprennent une implication corporelle, ou se déroulent dans des milieux spécifiques nécessitant — en France — la présence de professionnels tels que des accompagnateurs en montagne. Mais la survie, en tant que discipline, est tout sauf un sport ou un loisir. Au même titre que les premiers secours, la survie est un ensemble de compétences précis, destiné à sauver des vies.

Cette posture scientifique et éthique, et les responsabilités qui vont avec, obligent à l’excellence. Nous nous devons, en tant que professionnels, de progresser en permanence. De nous remettre en question pour affiner nos pratiques. Et de réfléchir avec sincérité aux enjeux (commerciaux, entre autres) qui pourraient nous empêcher de voir clairement ce qui fonctionne, et ce qui ne fonctionne pas.

Le cercle de recherche et de réflexion sur la survivologie se donne ainsi pour mission de définir plus clairement :

  • comment les gens se blessent ou meurent en milieu isolé ou dégradé ;
  • comment les gens survivent, dans ces mêmes milieux ;
  • ce qui fonctionne le mieux et le plus souvent pour éviter le pire ;
  • comment former les utilisateurs à tout cela dans des conditions de sécurité suffisantes.

De facto, cela nous amène à définir ce qu’est la survie, en tant que discipline, et en tant qu’activité de formation.

Nous pensons qu’une formation de qualité, dans ce genre de domaine, nécessite de la recherche.

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Ulysse Tâm Hà Duong, 25 ans, est décédé suite à l’ingestion d’une plante toxique en stage de survie, dans le Morbihan, le 11 août dernier. Ce drame a accéléré le regroupement — qui avait déjà débuté il y a quelques mois — des signataires de cette lettre, autour d’une réflexion sur la pratique de la survie et de son enseignement. Ce « cercle de réflexion sur la survivologie » est donc né, et se donne pour objet :

  • de définir plus clairement les contours de la « survie » et de la survivologie en tant que disciplines ;
  • d’élaborer des contenus solides pour favoriser la gestion des risques individuels en milieu naturel ou urbain dégradé (catastrophes naturelles ou industrielles) ;
  • de réfléchir aux aspects éthiques, déontologiques et de sécurité liés à la survie et à son enseignement.

La survie, telle que nous la concevons, est un champ de compétences d’intérêt public, au même titre que les premiers secours, par exemple, et nous souhaitons dynamiser la réflexion, le partage d’expériences et la recherche autour de ce sujet qui le mérite.

Forts de nos expériences communes et partageant une même vision éthique et pédagogique de la profession, nous, cinq acteurs historiques de la survie en France, travaillons en commun pour construire un socle de bonnes pratiques concernant l’activité « survie » dans le pays.

Nous sommes et restons très sensibles à la souffrance de la famille d’Ulysse. Nous nous associons également à la lettre ouverte qu’ils ont écrite au premier ministre (change.org/PourUlysse), et qui demande notamment une clarification du cadre législatif.

Nous nous tenons, bien évidemment, à disposition des pouvoirs publics qui le souhaiteraient.

Yann Chauty — CEPS
Philippe Charles — Invictus France
Erwann Héry — EVN
Denis Tribaudeau — Panter Creation
David Manise — CEETS — (porte parole)